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Assassin's Creed Unity : le lancement bugué qui a fait date

· 7 min de lecture

Assassin's Creed Unity : le lancement bugué qui a fait date
Image : Assassin's Creed Unity

Le 11 novembre 2014, Assassin’s Creed Unity arrive en Amérique du Nord, et dans les jours qui suivent Internet s’arrache des vidéos de personnages dont le visage a tout simplement disparu. D’autres clips montrent Arno qui marche dans le vide ou traverse le sol. Ubisoft avait pourtant repoussé la sortie de deux semaines, du 28 octobre au 11 novembre, pour « peaufiner certains détails ». Premier Assassin’s Creed conçu uniquement pour la PlayStation 4, la Xbox One et le PC, Unity devait incarner le grand saut technique de la série. Il est resté dans les mémoires comme l’un des lancements les plus bancals de la génération.

Des visages absents et un héros qui traverse le sol

La liste des problèmes est longue : crashs en coopération, menu principal qui met une éternité à s’afficher, matchmaking défaillant, animations erratiques, cheveux à la physique fantaisiste. Ubisoft a fini par publier un inventaire des bugs les plus signalés et par ouvrir une page dédiée aux mises à jour.

Arno et Élise côte à côte dans Unity, la chevelure d'Élise déformée en mèches rouges anguleuses par un bug de rendu
Image : Assassin's Creed Unity, via TheGamer

Le plus célèbre de ces bugs, les visages manquants, était pourtant l’un des moins répandus. Après des tests approfondis, le studio a expliqué qu’il ne touchait que les PC équipés d’une ou deux cartes graphiques précises, et que le patch du premier jour le corrigeait. Les clips ont circulé bien plus vite que le correctif.

Un personnage d'Unity dont le visage a disparu : il ne reste que des yeux et une rangée de dents suspendus devant le crâne
Image : Assassin's Creed Unity, via GamesRadar+

Sous les 30 images par seconde, et en 900p pour tout le monde

Début octobre 2014, le producteur senior Vincent Pontbriand avait annoncé que le jeu tournerait en 900p et 30 images par seconde sur les deux consoles, afin d’« éviter tous les débats » entre PS4 et Xbox One. Il invoquait un goulot d’étranglement côté processeur, saturé par l’intelligence artificielle et le nombre de figurants, et assurait que, pour les seuls graphismes, le jeu pourrait atteindre 100 images par seconde. Ubisoft a ensuite démenti avoir bridé la version PS4.

Digital Foundry mesure autre chose quelques jours après la sortie : dans une place bondée, la PS4 tombe autour de 20 images par seconde pendant de longues secondes, la Xbox One gardant environ cinq images d’avance, et sur les toits les deux machines oscillent entre 25 et 30. Les foules les plus denses du jeu peuvent atteindre quelques centaines de figurants. Digital Foundry avance l’explication la plus prosaïque : une équipe à court de temps.

Une rue de Paris noire de monde pendant la Révolution, avec soldats, insurgés et une guillotine en arrière-plan
Image : Assassin's Creed Unity

Ubisoft a fini par reconnaître un écart entre ses observations d’avant lancement et celles d’après : la file d’instructions se saturait. La taille des foules n’y était pour rien, d’après ses propres essais. Le studio est même allé jusqu’à suggérer aux joueurs de couper leur connexion Internet pour gagner quelques images par seconde.

Vidéo : comparaison du framerate d'Assassin's Creed Unity sur PS4 de base, entre la version du premier jour et le dernier patch (chaîne Cycu1)

Des tests publiés douze heures après la sortie

Les premiers acheteurs ont aussi acheté à l’aveugle. Ubisoft avait imposé un embargo qui interdisait de publier les tests avant le mardi après-midi, soit environ douze heures après la mise en vente américaine. La justification officielle : un jeu de plus en plus connecté demande des mondes peuplés et des services en ligne pour être testé correctement, et réunir ces conditions avant la sortie est très complexe. PC Gamer a répondu que l’argument n’expliquait pas à quoi servait l’embargo, sinon à garder les avis sous le boisseau pendant les premières heures. Kotaku a annoncé dans la foulée qu’il n’accepterait plus de levée d’embargo postérieure à la sortie.

Ubisoft a promis de changer sa manière de travailler avec les testeurs et de proposer des bêtas ouvertes ou des accès anticipés. Quand les tests sont tombés, le verdict était mitigé : entre 70 et 72 sur Metacritic selon la plateforme. Six mois plus tôt, l’éditeur avait déjà dû répondre à la polémique sur le downgrade graphique de Watch Dogs.

Des excuses, un DLC offert et un season pass abandonné

Le 26 novembre 2014, Yannis Mallat, patron d’Ubisoft Montréal et Toronto, publie des excuses sans détour : à la sortie, « la qualité globale du jeu a été diminuée par des bugs et des problèmes techniques inattendus », et il s’excuse au nom d’Ubisoft et de toute l’équipe Assassin’s Creed. Le geste commercial suit. L’extension Dead Kings devient gratuite pour tous, le season pass est retiré de la vente, et ses acheteurs peuvent choisir un jeu offert parmi une sélection de six, dont Assassin’s Creed IV: Black Flag et Rayman Legends. Le troisième gros patch, qui embarque plus de 300 correctifs, arrive le même jour.

Jaquette de l'extension Dead Kings : un assassin encapuchonné armé d'une hallebarde, dans un cimetière sous la pluie, avec une église en arrière-plan
Image : Assassin's Creed Unity (extension Dead Kings), via jeuxvideo.com

Un moteur refait de zéro, une série qui lève le pied

En février 2015, Yves Guillemot admet devant les investisseurs que « des petites choses n’ont pas été parfaites » au lancement. Son explication : avec le passage à une nouvelle génération de consoles, Ubisoft a dû refaire son moteur à 100 %, un chantier éprouvant pour tout le groupe. Neuf mois plus tard, le directeur financier Alain Martinez reconnaît que la première semaine d’Assassin’s Creed Syndicate a été « clairement » touchée par ce qui s’était passé avec Unity. Guillemot précise que le temps de jeu de Syndicate est « massivement » supérieur à celui d’Unity.

En février 2016, Ubisoft annonce qu’il n’y aura pas d’Assassin’s Creed cette année-là. Le communiqué ne cite pas Unity comme cause, mais il note que l’équipe a « beaucoup appris » des retours des joueurs depuis sa sortie et qu’elle a mis à jour ses processus de développement.

Une réhabilitation lente, puis un détour par Notre-Dame

Dès octobre 2015, Game Informer rouvre le dossier : après cinq patchs, le jeu est devenu amusant et fonctionnel, les coffres verrouillés derrière l’application compagnon s’ouvrent d’une simple pression de bouton, et le framerate, sans être idéal, n’empêche plus de jouer. En mai 2020, Ubisoft range Unity parmi les onze jeux de la génération PS4 et Xbox One vendus à plus de dix millions d’exemplaires.

L’incendie de Notre-Dame, en avril 2019, a donné au jeu une seconde vie. Ubisoft a annoncé un don de 500 000 euros pour la restauration et offert la version PC pendant une semaine. La cathédrale du jeu a été recréée par une artiste du studio, Caroline Miousse, qui expliquait en 2014 y avoir passé deux ans et consacré 80 % de son temps de travail à ce seul monument.

Arno bondit au-dessus d'une guillotine dans une rue de Paris, avec la cathédrale Notre-Dame sur la gauche
Image : Assassin's Creed Unity

No Man’s Sky a connu une réhabilitation du même ordre, racontée dans notre article sur sa remontée. Unity, lui, a reçu en mars 2026 une mise à jour qui le fait tourner à 60 images par seconde sur PlayStation 5 et Xbox Series X|S.

Un jeu acheté le jour de sa sortie n’est pas celui qu’on joue un an plus tard, et c’est encore plus vrai quand une bibliothèque s’éparpille entre Steam, PlayStation, Xbox et Nintendo. Radion réunit ces comptes pour garder la trace de ce qu’on possède, de ce qu’on a commencé et de ce qu’on a mis de côté en attendant un patch. L’app ne dira pas si ce patch a réparé quoi que ce soit, il faut relancer le jeu pour le savoir. Unity a fini par justifier l’attente, mais c’est le lancement de 2014 que les joueurs ont retenu.

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Sources

  1. gamespot.com afin d'« éviter tous les débats »
  2. eurogamer.net Digital Foundry
  3. pcgamer.com des mondes peuplés et des services en ligne
  4. gamespot.com des excuses sans détour
  5. gamespot.com la première semaine
  6. gameinformer.com Game Informer