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No Man's Sky : la remontée historique d'un lancement raté

· 6 min de lecture

No Man's Sky : la remontée historique d'un lancement raté
Image : No Man's Sky

Le 27 novembre 2024, Sean Murray annonçait que No Man’s Sky venait d’obtenir la mention « Très positif » sur l’ensemble de ses avis Steam, huit ans après un lancement devenu un cas d’école de ce qu’il ne faut pas faire. « Vous n’avez aucune idée de ce que ça représente pour nous », écrivait le patron de Hello Games. Moins de deux ans plus tard, sa lettre pour les dix ans du jeu va plus loin : 2026 serait l’année de la meilleure fréquentation depuis la sortie. Cette remontée historique doit beaucoup à quarante mises à jour gratuites, et autant à une façon radicalement différente de parler aux joueurs.

Une promesse trop grande pour neuf personnes

Dévoilé fin 2013 et soutenu par Sony, le jeu promettait 18 quintillions de planètes générées par algorithme, fabriquées par une équipe de neuf personnes en moyenne. Le report de juin à août 2016 avait déjà valu à Murray des menaces de mort. Début août, le jeu arrive sur PlayStation 4 et sur PC.

Sur Steam, plus de 212 000 joueurs sont connectés en même temps au plus fort du lancement, un record pour 2016. Moins de deux semaines plus tard, ce chiffre a perdu 88 %. PC Gamer rappelait que les gros lancements s’érodent toujours vite, Far Cry Primal ayant cédé 82 % en un mois, mais la chute dépassait la moyenne. Les raisons s’empilaient : des planètes qui finissaient par se ressembler, des bugs sur PC, et des fonctions vues dans les vidéos d’avant-sortie introuvables, à commencer par la possibilité de croiser d’autres joueurs.

Le studio, lui, voyait arriver la vague sans bouée. Au GDC 2017, Murray a raconté que l’équipe avait tablé sur moins de 14 000 joueurs simultanés, un chiffre calqué sur celui de Far Cry Primal, avant de voir débarquer environ 500 000 joueurs dès le premier jour. Un seul employé s’occupait du réseau, et l’argent manquait.

Des créatures colorées, dont une tortue à carapace orange au premier plan, dans une prairie vallonnée de No Man's Sky
Image : No Man's Sky

Trois mois de silence, puis la mise à jour « Foundation »

Après la sortie, Hello Games ne dit presque plus rien en dehors des notes de patch. Les accusations de mensonge et les demandes de remboursement restent sans réponse. Le régulateur britannique de la publicité, l’ASA, finit par examiner la page Steam après 23 plaintes, et conclut en novembre 2016 qu’elle n’induisait pas en erreur : les écarts entre captures d’avant-sortie et jeu final étaient cosmétiques, et le studio avait montré des séquences proches de ce que l’on voyait sur les images. Valve exige malgré tout, depuis novembre 2016, que captures et vidéos des pages Steam viennent du jeu lui-même, une règle que plusieurs journalistes rattachent à cette affaire. La polémique rappelle celle du downgrade graphique de Watch Dogs.

Le 25 novembre 2016, le studio sort du silence : « Nous avons été discrets, mais nous écoutons. » La mise à jour « Foundation » arrive deux jours plus tard, avec la construction de bases, des modes Survie et Créatif, des cargos à posséder, et la promesse d’être la première de nombreuses mises à jour gratuites.

Une mise à jour gratuite après l’autre

La suite ressemble à un rattrapage méthodique de la promesse initiale. « Pathfinder », en mars 2017, ajoute des véhicules terrestres, les Exocraft, et un mode permadeath. « Atlas Rises », en août 2017, greffe un fil narratif. « Next », en juillet 2018, livre enfin du multijoueur à quatre, une vue à la troisième personne, des flottes de frégates, et débarque sur Xbox One. Pour bit-tech, le jeu se rapproche alors nettement de celui des bandes-annonces d’origine. « Beyond », en août 2019, apporte la réalité virtuelle et une refonte du multijoueur, annoncée sans abonnement, sans micro-transactions et sans rien à payer pour les anciens joueurs.

Un Exocraft à huit roues, orange et blanc, sur une prairie sous un ciel turquoise, avec un vaisseau et des débris d'astéroïdes au-dessus
Image : No Man's Sky

Les plateformes suivent : PlayStation 5 et Xbox Series X|S en novembre 2020, Nintendo Switch en octobre 2022, Switch 2 en 2025. Le studio a aussi changé de méthode : il n’annonce plus une fonction avant qu’elle soit prête.

Les chiffres qui racontent le retour

Sur Steam, la note globale passe de « Mitigé » deux ans après la sortie à « Plutôt positif » en 2021, puis à « Très positif » (plus de 80 % d’avis favorables) en novembre 2024. Murray avait prévenu en avril de la même année que chaque point gagné était mathématiquement plus dur à obtenir que le précédent.

Graphique SteamDB de l'historique des avis Steam de No Man's Sky de 2017 à 2024 : environ 265 000 avis positifs cumulés et la mention « Très positif »
Graphique : TechPowerUp (données SteamDB)

Côté fréquentation, la mise à jour « Voyagers » de fin août 2025 permet d’assembler ses propres corvettes pièce par pièce, au point que des joueurs en ont fait des Faucons Millenium ou des monoplaces de F1. Le jeu monte à 98 285 joueurs simultanés sur Steam le 1er septembre, son meilleur score depuis 2016, quand le pic dépassait 212 000.

Dans sa lettre de l’été 2026, Murray cite des dizaines de millions de joueurs et des centaines de millions d’heures passées dans le jeu, un BAFTA et un prix aux Game Awards pour le jeu en évolution. La plupart des personnes visibles sur la célèbre photo du disque gold master travaillent toujours chez Hello Games, ajoute-t-il, et l’équipe n’a pas beaucoup grossi. La mise à jour « Cosmos », sortie le 9 septembre 2026, permet de revendiquer des stations spatiales et de construire en plein espace, pour un milliard d’unités et un niveau de réputation de 40. Le jeu complet arrive en plus sur iOS le 28 octobre, sans multijoueur.

Tout le monde n’a pas tourné la page

Tout le monde n’est pas prêt à pardonner. En 2021, Thomas Mahler, fondateur de Moon Studios (la série Ori), traitait de « vendeurs d’huile de serpent » les développeurs de jeux comme No Man’s Sky et Cyberpunk 2077, qu’on aurait tort de couvrir de récompenses pour avoir livré des années plus tard ce qui était promis. Cyberpunk 2077 a pourtant atteint lui aussi le « Très positif » sur Steam, en juillet 2023. Hello Games n’a jamais fait payer ses mises à jour, et prépare maintenant Light No Fire. Murray dit vouloir continuer tant que l’équipe s’amuse et que la communauté suit.

Thomas Mahler, fondateur de Moon Studios, devant une affiche d'Ori and the Blind Forest
Photo : BDJogos

Un jeu lâché en 2016 n’est plus le même aujourd’hui, ce qui se perd facilement dans une bibliothèque éparpillée entre Steam, PlayStation et Switch. Radion rassemble ces bibliothèques au même endroit et garde la trace de ce qu’on a joué, abandonné ou possédé. L’appli ne dira pas si une mise à jour a changé un jeu, il faut le relancer pour le savoir, mais elle rappelle qu’un titre rangé dans un coin existe encore. Dix ans et des dizaines de millions de joueurs plus tard, moins de 1 % des planètes de No Man’s Sky ont été visitées.

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Sources

  1. techspot.com huit ans après un lancement
  2. kotaku.com lettre pour les dix ans du jeu
  3. pcgamer.com ce chiffre a perdu 88 %
  4. arstechnica.com moins de 14 000 joueurs simultanés
  5. techradar.com conclut en novembre 2016
  6. shacknews.com 98 285 joueurs simultanés sur Steam le 1er septembre