Pourquoi essayer Persona 5 Royal, même sans aimer les JRPG
Je n’avais jamais touché à un Persona 5 Royal ni à aucun autre épisode de la série, et encore moins à un Shin Megami Tensei. Ce n’était pas un oubli. C’était un évitement volontaire. Tout ce que j’en avais vu en survolant des vidéos ou des captures me donnait l’image d’un genre trop bavard, trop centré sur le texte, avec des heures de dialogue entre deux combats. Rien qui donnait envie de s’y plonger. Et puis j’ai acheté un Steam Deck OLED, et ce jeu s’est mis en travers de mon chemin.
Le Steam Deck comme porte d’entrée inattendue
En regardant les classements des jeux les plus joués sur la machine, j’ai vu Persona 5 Royal revenir sans arrêt. Le site Persona Central a compilé les listes officielles de Valve et note que le jeu s’est classé vingtième parmi les cent titres les plus joués sur Steam Deck entre mars 2023 et mars 2024, après avoir déjà atteint le palier argent (25e à 50e place) sur le classement annuel 2023 de Steam. Un jeu que je pensais réservé à un public de niche, en train de tourner dans la poche de joueurs qui n’ont a priori rien à voir avec des amateurs de textes fleuves. Ça a suffi à me faire douter de mon propre jugement, et à lancer le jeu sans trop y croire.
Ce qui m’a fait changer d’avis
La suspicion n’a pas tenu longtemps. Ce qui frappe d’abord, c’est la mise en scène. Le style graphique, entre bande dessinée et interface animée, ne ressemble à rien d’autre dans le genre, et l’histoire des Voleurs Fantômes s’articule autour d’une vraie tension : on veut savoir ce qui va arriver au groupe, pas seulement avancer par habitude. Je me suis attaché aux personnages plus vite que prévu, ce qui est probablement le point le plus surprenant pour quelqu’un qui pensait rester extérieur à ce genre d’histoire.
La mécanique des Personas elle-même, ce système de compagnons à invoquer et à fusionner, apporte une couche stratégique qui casse la routine du tour par tour classique. Le jeu reste un JRPG dans sa structure, mais l’alternance entre vie scolaire, exploration des Palaces et combats donne un rythme qu’on ne retrouve pas ailleurs. Et la durée de vie est à la hauteur de cette ambition : il m’a fallu 89 heures pour voir le générique de fin, un chiffre qui reste modeste face aux 102 heures que réclame en moyenne la seule trame principale selon TheGamer, et qui grimpe jusqu’à 143 heures pour qui veut tout voir.
Un jeu taillé pour le format nomade
Ce qui a vraiment scellé l’affaire, c’est à quel point Persona 5 Royal se prête au jeu par petites sessions. La progression se découpe en journées avec des points de sauvegarde fréquents, ce qui permet de couper une partie après vingt minutes sans perdre le fil, exactement ce qu’on attend d’un jeu de Steam Deck. Le titre est certifié Vérifié par Valve, et tourne remarquablement bien sur la machine. Le site SteamDeckHQ a testé plusieurs réglages : à 50 images par seconde avec un TDP limité à 7, on tient entre 4 et 4,5 heures d’autonomie pour une consommation de 10 à 13 watts, et un réglage plus poussé à 40 images par seconde tient encore la distance avec 95% de stabilité. Rien à voir avec les jeux qui vident la batterie en une heure. Et posé sur une TV, la définition reste tout à fait correcte, sans l’impression de jouer à une version dégradée.
Les décisions qui m’ont moins convaincu
Tout n’est pas parfait, et ce serait malhonnête de le taire. Le gameplay assume une bonne dose de répétition, entre les mêmes enchaînements de combat et les allers-retours dans les Palaces, un choix qui colle à la logique du jeu mais qui ne plaira pas à tout le monde. Les musiques, très réussies au démarrage, finissent par tourner en boucle sur des dizaines d’heures et perdent un peu de leur effet.
Le vrai point noir, c’est un combat de boss précis (spoiler de mi-jeu, à ouvrir si ça ne vous dérange pas) :
Une suite qui a confirmé l’attachement
Une fois le générique passé, je n’ai pas eu envie de refermer la série. J’ai acheté Persona 5 Strikers presque dans la foulée, le spin-off d’action sorti au Japon en février 2020 puis dans le reste du monde en février 2021 sur PS4, Switch et Windows. Le changement de formule, du tour par tour vers l’action en temps réel avec le même casting, aurait pu me faire tiquer. Au contraire, ça a confirmé que ce n’était pas un simple engouement pour un seul jeu bien exécuté, mais un vrai attachement à cet univers et à ces personnages.
La suite du programme
Le plan est maintenant tout tracé. Persona 3 Reload, sorti en février 2024 et lui aussi bien installé dans le classement Steam Deck cité plus haut (cinquantième place), est le prochain sur la liste. J’attends ensuite Persona 4 Revival, le remake annoncé en juin 2025 et prévu pour le 18 février 2027 sur PS5, PC et Xbox Series, qui reprend le contenu de Persona 4 Golden, sorti sur PC en 2020. Et il y a Persona 6, révélé en juin 2026 lors du Xbox Games Showcase avec un simple teaser, un cimetière sous l’orage et une ambiance verte, sans image de gameplay ni date précise. Difficile de ne pas attendre la suite avec impatience quand on vient tout juste de comprendre pourquoi cette série compte autant pour ceux qui l’ont déjà traversée.
Si un genre entier peut faire douter quelqu’un qui l’a fui pendant des années, ça vaut peut-être la peine de revoir aussi ses autres préjugés sur les jeux solo narratifs. Ce genre d’accroc laisse en tout cas une bibliothèque qui s’étoffe vite, entre le jeu de base, sa suite et les remakes à venir, répartis entre Steam et d’autres plateformes selon les périodes de promotion. Radion sert justement à garder un œil sur tout ça, en réunissant les bibliothèques Steam, Xbox, PlayStation et Nintendo au même endroit, pour savoir ce qu’on a déjà fini avant de racheter deux fois le même jeu.